Le Frame Running existe

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La confrontation du Frame Running:

On pour­rait croire que le Frame Run­ning existe est sim­ple­ment . Le comité Han­d­is­port ne veut pas enten­dre par­ler que cette nou­velle dis­ci­pline ; “nou­velle dis­ci­pline de plus” dans le comités départe­men­tal du han­d­is­port.[ pas tout à fait]
En réal­ité, c’est une véri­ta­ble réin­ven­tion de ce que sig­ni­fie “courir” pour des mil­liers de per­son­nes dont l’équilibre, la coor­di­na­tion ou la force mus­cu­laire ren­dent la course à pied clas­sique impos­si­ble ou dan­gereuse.

À l’origine, l’idée est très sim­ple : si le prob­lème majeur réside dans l’équilibre et la capac­ité à coor­don­ner une foulée, alors il faut retir­er la con­trainte de l’équilibre sans retir­er l’effort de la course.
C’est pré­cisé­ment ce que fait le Frame Run­ning : un châs­sis à trois roues, une selle, un plas­tron qui sou­tient le tronc, un guidon pour la direc­tion… et aucun pédalier.
La per­son­ne ne “pousse” pas un fau­teuil, ne “tourne” pas des pédales, elle se propulse avec ses jambes, en appui sur la selle, avec le buste légère­ment incliné vers l’avant.
Sur la piste, ce qui se voit, ce n’est pas un engin qui roule tout seul : c’est un corps qui court autrement.

Là où la réin­ven­tion est forte, c’est que le Frame Run­ning ne se con­tente pas d’adapter la course à pied, il déplace les fron­tières entre réé­d­u­ca­tion, sport et loisir.
Dans un cen­tre médi­co-social, il devient un out­il thérapeu­tique : amélio­ra­tion de la mobil­ité, tra­vail du tonus, endurance.
Dans un club han­d­is­port, il devient une dis­ci­pline d’athlétisme, avec des séances struc­turées, des chronos, des objec­tifs de pro­gres­sion.
Lors d’un événe­ment grand pub­lic, il est un sym­bole : sur la même piste ou le même par­cours, des coureurs valides, des fau­teuils, des Frame Run­ners parta­gent un même ter­rain de jeu.

Cette réin­ven­tion touche aus­si la per­cep­tion intime du corps.
Pour quelqu’un qui se déplace habituelle­ment en fau­teuil roulant ou avec un déam­bu­la­teur, accepter que l’on puisse “courir” à nou­veau engage l’imaginaire : on ne se con­tente plus de se déplac­er, on se dépasse.
Les sen­sa­tions comptent autant que la per­for­mance : le vent, la vitesse, le bruit réguli­er des roues, l’alternance des appuis au sol.
Tout cela racon­te une autre his­toire du corps et de la mobil­ité : une mobil­ité choisie, con­quise, plutôt que subie.

La réin­ven­tion du Frame Run­ning est aus­si organ­i­sa­tion­nelle.
Pen­dant longtemps, le paras­port a fonc­tion­né avec des caté­gories bien iden­ti­fiées : fau­teuil, debout, défi­cience visuelle, etc.
Le Frame Run­ning pro­pose une caté­gorie hybride : des per­son­nes qui ne peu­vent pas courir debout de façon autonome, mais qui ne sont pas non plus des “coureurs en fau­teuil” au sens tra­di­tion­nel.
Il faut donc créer des épreuves spé­ci­fiques, des sys­tèmes de clas­si­fi­ca­tion fonc­tion­nelle, des lignes direc­tri­ces pour les clubs, les entraîneurs et les fédéra­tions.
Cela implique une réécri­t­ure des règle­ments, une adap­ta­tion des cal­en­dri­ers, le finance­ment d’achats d’équipements, la for­ma­tion de cadres tech­niques.
Autrement dit, le Frame Run­ning oblige le mou­ve­ment sportif à se repenser lui-même pour inté­gr­er une façon nou­velle de courir.

D’un point de vue cul­turel, cette dis­ci­pline par­ticipe à la réin­ven­tion du réc­it du hand­i­cap.
Au lieu de se focalis­er sur les lim­i­ta­tions, elle met en scène la capac­ité à entr­er dans une dynamique de per­for­mance, de plaisir et de partage.
Une per­son­ne qui s’élance sur 100, 400 ou 800 mètres en Frame Run­ning ne vient pas “faire de la réé­d­u­ca­tion”, elle vient courir une course, avec un dos­sard, un couloir, des adver­saires, un chronomètre.
Pour un blog comme le tien, c’est une matière nar­ra­tive riche : tu peux racon­ter la tran­si­tion d’un jeune qui passe du fau­teuil à la course, les pre­mières séances, les chutes, les fous rires, les vic­toires minus­cules et les grandes.

Cette réin­ven­tion touche enfin la manière dont la société regarde la course.
Jusqu’ici, la course à pied était asso­ciée à un arche­type très spé­ci­fique : le coureur en short, debout, qui fran­chit une ligne d’arrivée avec ses deux jambes.
Le Frame Run­ning élar­git cette image : la course devient un geste partagé, que l’on peut incar­n­er avec un fau­teuil, un frame, des pro­thès­es, un guide…
L’expression “un corps qui court” devient plurielle.
On n’est plus dans un mod­èle unique, mais dans une diver­sité de façons d’être coureur, toutes légitimes.

  • Le Frame Run­ning ne se con­tente pas d’être un out­il tech­nique, il recon­fig­ure le sens de la course.
  • Il tra­verse les fron­tières entre soin, sport et inclu­sion sociale.
  • Il oblige les insti­tu­tions sportives à réécrire leurs règles et leurs repères.
  • Il nour­rit une nou­velle cul­ture du hand­i­cap cen­trée sur l’expérience, le plaisir et la per­for­mance plutôt que sur la seule com­pen­sa­tion.

Histoire du Race Runner danois aux compétitions internationales

Les premiers pas : Danemark, années 1990

Le Dane­mark est un pays où le han­d­is­port se développe tôt, soutenu par une cul­ture sociale forte et un sys­tème de san­té struc­turé.
Dans ce con­texte émerge une ques­tion con­crète : com­ment per­me­t­tre à des per­son­nes avec paralysie cérébrale ou trou­bles sévères de l’équilibre de pra­ti­quer une activ­ité d’athlétisme qui ne soit pas seule­ment sym­bol­ique ?
Le fau­teuil de course existe déjà, mais il ne répond pas à tous les pro­fils : cer­tains peu­vent marcher, se lever, ont une cer­taine force dans les jambes, mais ne peu­vent pas syn­chro­nis­er une foulée sta­ble et sécurisée sur plusieurs dizaines de mètres.

C’est à ce moment que se cristallise la ren­con­tre entre Con­nie Hansen, par­a­lympi­enne danoise, et Man­soor Sid­diqi, ath­lète lui-même, très impliqué dans le développe­ment de solu­tions inno­vantes pour le sport.
L’idée qui se des­sine est presque rad­i­cale : con­cevoir une sorte de “vélo de course” sans pédales, que la per­son­ne pousserait avec ses jambes en étant soutenue au niveau du tronc.
Ce sera le Race Run­ner, ancêtre du Frame Run­ner.

En 1991, le con­cept est suff­isam­ment mûr pour sor­tir des ate­liers et aller sur la piste.
Des pro­to­types cir­cu­lent : tri­cy­cles sans pédales, avec une selle réglable, un plas­tron de sou­tien, un guidon plus ou moins inspiré du vélo de route.
Les pre­mières séances d’essai mélan­gent ent­hou­si­asme et brico­lage : il faut ajuster, régler, devin­er quelles attentes fonc­tion­nelles peu­vent être sat­is­faites, éprou­ver la résis­tance du matériel.
Mais très vite, une évi­dence s’impose : des per­son­nes qui ne pou­vaient pas courir peu­vent enfin se déplac­er rapi­de­ment par leur pro­pre impul­sion, sur une dis­tance mesurable.

Structuration : du prototype au mouvement

Un engin ne suf­fit pas à créer une dis­ci­pline : il faut des règles, des for­mats, un cadre.
C’est là qu’intervient le rôle de la Para­lesy Célébrale Inter­na­tion­al Sports and Recre­ation Asso­ci­a­tion (CPISRA).
Cette fédéra­tion inter­na­tionale, déjà active dans l’organisation d’événements sportifs pour per­son­nes avec paralysie cérébrale, voit dans le Race Run­ner une oppor­tu­nité de créer une dis­ci­pline à part entière.

Les pio­nniers danois ne tra­vail­lent pas seuls : ils s’inscrivent dans un réseau inter­na­tion­al dès le départ.
Des ath­lètes, entraîneurs, médecins et kinésithérapeutes s’impliquent pour définir ce que pour­rait être une “course en Race Run­ner” :

  • dis­tances per­ti­nentes (50, 100, 200, 400 m puis 800 m et au-delà),
  • caté­gories fonc­tion­nelles (selon le niveau d’atteinte et de mobil­ité),
  • règles de sécu­rité (casque, réglages, freinage, etc.).

Tout cela con­verg­era peu à peu vers ce que l’on nom­mera Frame Run­ning.
Le change­ment de nom n’est pas anodin : on passe d’un mot cen­tré sur la course (“race”) à un mot cen­tré sur l’engin (“frame”), le cadre de course.
Cela per­met de soulign­er l’importance de la struc­ture matérielle, com­mune aux pra­ti­quants, au-delà du con­texte danois.

1997 : premier camp de développement et première “cup”

Une étape fon­da­trice de cette his­toire se situe en 1997, à Copen­h­ague.
Le Dane­mark accueille le pre­mier camp de développe­ment et la pre­mière coupe de Race Running/Frame Run­ning.
L’événement n’est pas qu’une com­péti­tion : c’est un lab­o­ra­toire à ciel ouvert.
Des ath­lètes de plusieurs pays se retrou­vent pour :

  • s’entraîner ensem­ble,
  • com­par­er leurs tech­niques,
  • échang­er sur les réglages des engins,
  • tester des for­mats de cours­es.

Ce camp va devenir annuel.
C’est une colonne vertébrale pour la dis­ci­pline : chaque année, de nou­veaux pays, de nou­veaux ath­lètes, de nou­veaux cadres rejoignent l’aventure.
À mesure que les édi­tions se suc­cè­dent, le camp s’internationalise : plus de 10, puis 14 pays représen­tés, une diver­sité de pro­fils, des lignes de plus en plus pro­fes­sion­nelles (chronomé­trage, classe­ment, pro­to­coles d’échauffement, etc.).

La répéti­tion de ce camp et de sa “Cup” per­met de con­solid­er la cul­ture du Frame Run­ning.
Copen­h­ague devient un cen­tre sym­bol­ique : c’est le lieu où les inno­va­tions tech­niques sont testées, où les grandes déci­sions sont dis­cutées, où les jeunes dis­ci­plines paras­portives vien­nent chercher un cadre, une doc­trine, une légitim­ité.

Vers les Jeux mondiaux : CPISRA et IWAS

À par­tir des années 2000, le Frame Run­ning sort de la seule logique de camp et de coupe, pour entr­er dans les Jeux mon­di­aux CPISRA.
En pra­tique, cela sig­ni­fie que la dis­ci­pline obtient une vis­i­bil­ité comme épreuve à part entière dans un pro­gramme mul­ti-sport, au même titre que d’autres dis­ci­plines déjà recon­nues.

À par­tir de 2005, on retrou­ve le Frame Run­ning dans les Jeux CPISRA, ce qui réaf­firme son lien orig­inel avec les per­son­nes atteintes de paralysie cérébrale.
Cette présence dans un événe­ment majeur est impor­tante pour les ath­lètes : elle offre un hori­zon de com­péti­tion plus large que le seul camp annuel.

Puis vien­nent les Jeux mon­di­aux IWAS (Inter­na­tion­al Wheel­chair & Amputee Sports).
À par­tir de 2011, le Frame Run­ning y est aus­si con­testé, ce qui élar­git le spec­tre des publics :

  • per­son­nes en fau­teuil,
  • amputés,
  • pro­fils neu­ro­mo­teurs var­iés.

La dis­ci­pline s’étend donc à des univers paras­portifs qui ne sont pas unique­ment cen­trés sur la paralysie cérébrale, ce qui accentue sa voca­tion de “pont” entre dif­férents types de hand­i­caps.

2017 : reconnaissance par World Para Athletics:

Une autre date clé est 2017, lorsque le Frame Run­ning est annon­cé comme dis­ci­pline offi­cielle de World Para Ath­let­ics.
Ce bas­cule­ment est majeur, car World Para Ath­let­ics est l’instance qui régit l’athlétisme par­a­lympique au niveau mon­di­al.

En devenant une dis­ci­pline de piste recon­nue, au même titre que la course debout et la course en fau­teuil, le Frame Run­ning obtient :

  • un cadre régle­men­taire inter­na­tion­al,
  • la pos­si­bil­ité d’être inscrit au pro­gramme de grands cham­pi­onnats,
  • une vis­i­bil­ité accrue dans le monde de l’athlétisme.

À par­tir de là, des épreuves de Frame Run­ning, notam­ment sur 100 m, com­men­cent à appa­raître dans les Cham­pi­onnats d’Europe et les Cham­pi­onnats du monde de para-ath­létisme (2018, 2019, 2021, etc.).
Cela crédi­bilise la dis­ci­pline auprès des fédéra­tions nationales, qui voient qu’il ne s’agit plus d’une sim­ple inno­va­tion mar­ginale, mais d’un for­mat recon­nu par la prin­ci­pale instance mon­di­ale.

Vers le paralympisme : candidatures et enjeux

Avec cette recon­nais­sance, la ques­tion suiv­ante est naturelle : le Frame Run­ning peut-il entr­er au pro­gramme des Jeux par­a­lympiques ?
Une propo­si­tion formelle est faite pour une inté­gra­tion aux Jeux de 2024.
Elle n’aboutit pas, ce qui témoigne de la com­plex­ité du proces­sus : nom­bre d’épreuves lim­ité, néces­sité d’équilibrer les caté­gories de hand­i­cap, con­traintes de dif­fu­sion, etc.

Cette non-inté­gra­tion n’est pas un échec défini­tif, mais une étape dans une tra­jec­toire plus longue.
En par­al­lèle, la dis­ci­pline con­tin­ue d’être inscrite au pro­gramme de grands cham­pi­onnats, ce qui lui per­met de con­solid­er son exis­tence sportive.
Des réflex­ions se pour­suiv­ent sur la manière de struc­tur­er les caté­gories, de garan­tir des niveaux de per­for­mance attrac­t­ifs, de diver­si­fi­er les for­mats (vitesse, demi-fond, fond).

Per­son­ne ne peut dire exacte­ment quand le Frame Run­ning sera aux jeux par­a­lympique, mais son his­toire récente mon­tre une pente ascen­dante :

  • du camp de Copen­h­ague aux Jeux CPISRA et IWAS,
  • de là aux cham­pi­onnats mon­di­aux World Para Ath­let­ics,
  • et enfin à une can­di­da­ture par­a­lympique déjà for­mulée.

Diffusion mondiale et ancrage national

Dans le pro­longe­ment de cette tra­jec­toire inter­na­tionale, le Frame Run­ning se dif­fuse pro­gres­sive­ment dans de nom­breux pays : Dane­mark bien sûr, mais aus­si Pays-Bas, Roy­aume-Uni, États-Unis, Aus­tralie, Por­tu­gal, Pologne, Litu­anie, etc.
Des clubs se struc­turent, sou­vent adossés à des asso­ci­a­tions de paralysie cérébrale ou à des fédéra­tions han­d­is­port nationales.

En France, la dis­ci­pline fait une entrée remar­quée autour des années 2020–2023.
On la voit appa­raître dans les cal­en­dri­ers han­d­is­port : cham­pi­onnats indoor et out­door, meet­ings dédiés, Open de France.
Des ath­lètes français vont au camp danois, revi­en­nent avec des expéri­ences, des chronos, une iden­tité de “Frame Run­ner” à racon­ter.
Petit à petit, la dis­ci­pline passe du statut de curiosité à celui de seg­ment iden­ti­fié du pro­jet ath­létisme han­d­is­port.

Cette dif­fu­sion ne se fait pas de façon uni­forme : cer­tains pays investis­sent beau­coup, d’autres com­men­cent par des pro­grammes pilotes.
Mais partout, la logique est la même : con­stru­ire un mail­lage de clubs, for­mer des encad­rants, iden­ti­fi­er des cham­pi­ons locaux, nour­rir un cal­en­dri­er de com­péti­tions.

La suggestion de liens :

His­toire du Han­d­is­port

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